Vague de départs chez les insoumis

Par Rachid Laïreche — Paru le 28 novembre 2018, dans Libération

Le mouvement a essuyé dernièrement de nombreuses démissions, notamment celle du conseiller diplomatique de Jean-Luc Mélenchon durant la présidentielle, Djordje Kuzmanovic, qui fustige la bureaucratie du système.

En politique, on appelle ça «une mauvaise passe». La France insoumise (LFI) enchaîne les crises, plus ou moins grosses. Après l’épisode judiciaire, la défaite lors de la législative partielle en Essonne, le mouvement subit ces dernières semaines une série de départs. Tous les partants mettent en avant des désaccords stratégiques, ils dénoncent également une démocratie interne «absente». Dernier en date : Djordje Kuzmanovic, conseiller diplomatique de Jean-Luc Mélenchon durant la présidentielle. Il claque la porte après avoir vu son nom rayé de la liste des candidats insoumis pour les européennes. Dans une tribune publiée par Marianne, il reproche à Mélenchon de faire ami-ami avec la gauche socialiste et avec les associations de banlieue, au lieu de faire corps avec la «classe populaire». Il dénonce également la «forme horizontale et gazeuse du mouvement censé reposer sur les initiatives du terrain, [et qui] recouvre, comme souvent, l’extrême concentration du pouvoir aux mains d’un petit groupe de nouveaux apparatchiks et bureaucrates». Des mots durs.

«Il a déconné»

Au sein de la direction insoumise, on tente de minimiser son départ. «Un déçu», disent-ils dans un premier temps. Ils n’oublient pas de mettre en avant les désaccords de fond avec Kuzmanovic, qui s’est retrouvé au centre de plusieurs polémiques après des propos sur l’immigration ou «l’islamisme». Un député : «Djordje est un ami, il est avec nous depuis 2005 mais dernièrement il a déconné, ce n’est pas un problème de ligne mais de pensée, on n’est plus sur le même registre.»Plusieurs insoumis imaginent le futur de Kuzmanovic chez Florian Philippot, voire Nicolas Dupont-Aignan.

Sur Facebook, Manuel Bompard a répondu à l’ancien conseiller diplo de Mélenchon : «Non, il n’y a pas de souverainistes au sein de LFI qui n’y ont pas leur place. Nous croyons en la souveraineté du peuple. Nous savons que cette souveraineté s’exerce dans le cadre national»,écrit-il, avant de poursuivre: «Mais il est de la responsabilité d’une instance chargée d’élaborer une liste de veiller à ce que les prises de position publiques des personnes qui souhaitent s’y trouver restent cohérentes avec nos orientations programmatiques et stratégiques.»

«Hors-sol»

Le souci pour Mélenchon, c’est qu’il y a aussi les autres. La Marseillaise Sarah Soilihi qui a rejoint Benoît Hamon car La France insoumise se «replie sur elle-même» ou Corinne Morel Darleux qui a publié un long texte sur les réseaux sociaux. «Les signifiants vides du populisme et la stratégie anti-Macron, visant à fédérer le plus largement possible, étouffent trop souvent la radicalité du projet initial. Les affaires internes et le commentaire de l’actualité me semblent de plus en plus hors-sol», écrit-elle. Le choix de Morel Darleux a affecté les décideurs. Elle était un visage de l’écologie chez les insoumis.

Tous ces départs s’ajoutent au choix de Charlotte Girard, qui a refusé de porter la liste aux européennes pour des «raisons personnelles». Mais elle aussi a critiqué le fonctionnement interne. La coresponsable de l’Avenir en commun, le livre-programme de LFI, espère que sa décision sera un «signal» pour la direction. Ça fait beaucoup. Mercredi matin, Jean-Luc Mélenchon a publié sur Twitter : «Ras-le-bol des médias qui nous grillent la moitié de notre temps de parole à nous faire commenter les déclarations personnelles de tel ou tel des 500 000 insoumis.» Le chef préfère mettre l’accent sur les récentes arrivées des socialistes Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, éclipsées par la séquence perquisitions. Pas de quoi rassurer tout le monde. La prochaine convention du mouvement, les 8 et 9 décembre à Bordeaux, sera suivie de très près.